Mai-juin 2011
Le fœtus en bocal, objet de décoration ?
Depuis le XVIIe siècle au moins on garde des fœtus dans des bocaux par curiosité scientifique : « les curieux conservent des fœtus dans une bouteille avec de l'eau-de-vie » dit en 1690 Furetière dans l'article de son dictionnaire. Et Malebranche, décrivant un fœtus anormal, conclut : « c'est une chose que tout Paris a pu voir aussi bien que moi, parce qu'on l'a conservé assez longtemps dans de l'esprit de vin ».
Au XVIIIe siècle, le cabinet du roi conserve plusieurs fœtus.
Au XIXe siècle on en trouve dans les musées. Quand Gustave Flaubert visite Nantes, il va au musée d'Histoire Naturelle et y remarque « dans un bocal d'esprit de vin deux petits cochons unis ensemble par le ventre et qui, cabrés sur leurs pattes de derrière, relevant la queue et clignant des yeux, sont, ma foi, fort plaisants. Placés ainsi à côté de deux fœtus humains, de monstruosité analogue, ils en disent peut-être plus long que beaucoup de nos œuvres ». Les fœtus sont là, et on les retient pour le récit de ses souvenirs.
Il est normal alors que ce soit cette réalité qui surgisse naturellement à l'esprit du même Flaubert quand il critique cruellement Musset : « l'alcool ne conserve pas les cerveaux comme il fait pour les fœtus ».
Les musées ne sont pas les seuls à montrer des fœtus. Les médecins dans leurs cabinets, les pharmaciens dans leurs rayons, en exposent aussi aux yeux de tous. Le rapport des gens du XIXe siècle au fœtus est donc différent du nôtre. Pourtant il ne semble quand même pas aller de manière générale jusqu'à la familiarité que l'on trouve dans l'anecdote que rapporte Gide. Celui-ci, invité, parle à ses hôtes des Hérédia, et l'une des personnes présentes raconte ses premiers souvenirs de cette famille : « la fille aînée avait alors 16 ans à peine ; la cadette n'était encore qu'une enfant... La bonne avait eu, l'avant-veille, un « accident » qui faisait le sujet de la conversation de ces demoiselles. L'une d'elles, tout à coup, annonce qu'elle allait chercher le fœtus, partit et revint de la chambre du sixième avec un bocal... Ce n'avait pas été un simulacre, le fœtus était bien authentiquement dans le bocal, où ces demoiselles, à l'aide d'un tire-bouton, s'amusèrent à le faire valser ».
Dans le roman, le fœtus dans un bocal apparaît évidemment chez le pharmacien.
Celui d'Alphonse Daudet : « le petit salon de la pharmacie, dont la fenêtre donnant sur la place servait de vitrine pour les bocaux à fœtus, les longs ténias en tricot, et les paquets de cigarettes de camphre ».
Ou celui de Flaubert : « depuis les événements que l'on va raconter, rien, en effet, n'a changé à Yonville... Les fœtus du pharmacien, comme des paquets d'amadou blanc, se pourrissent de plus en plus dans leur alcool bourbeux ».
Nous avons perdu cette proximité avec les fœtus réels, ce que nous avons remplacé par l’imagerie, celle des échographies. Et notre sensibilité supporterait difficilement le retour des fœtus en bocaux dans les vitrines de notre pharmacien, ou sur la cheminée de notre salon.
Janvier-Février 2011
L'éducation sexuelle des adolescents
Les infirmières des collèges et des lycées nous ont interpellés depuis longtemps : que dire, que faire, quand une adolescente vous confie son désarroi ? Lors de sa première rencontre sexuelle, le petit copain lui a tout demandé, levrette, fellation, sodomie... Et elle, qui s'attendait bien à une recherche de sensations et de plaisirs, mais dans un contexte de découvertes progressives, d'échanges tendres, se voit imposer un répertoire d'actes qu'elle ne peut exécuter qu'automatiquement, sans y adhérer, alors que son partenaire est persuadé qu'elle est heureuse de cette richesse et de cette variété qu'il lui offre !
Mais qui est responsable ?
L'humanisation, l'évolution humaine du stade reptilien au stade mammifère puis au stade homo sapiens, s'est effectuée par la perte progressive des réflexes innés et des circuits comportementaux automatiques au fur et à mesure du développement cérébral, celui-ci entraînant le développement des capacités d'apprentissage. Le petit humain doit ainsi apprendre à marcher, et il y met un an, alors que le petit de la gazelle le sait dès sa naissance. Il doit aussi, mais comme le petit rat ou le petit singe, apprendre à s'accoupler, alors que le cerf et la biche, à partir du moment où ils ont la décharge hormonale adéquate, savent très bien s'y prendre sans l'avoir jamais vu faire. Le petit singe, lui, doivent apprendre en regardant des adultes qui s'accouplent.
Quel apprentissage ont les humains ?
Depuis longtemps les rapports sexuels sont pratiqués plutôt à l'abri des regards des autres. Mais jusqu'au début du xxè siècle les promiscuités domestiques - et animales - ont amené beaucoup de jeunes à apprendre en regardant faire. Aujourd'hui, cela n'est plus possible dans nos sociétés, et tomberait même sous le coup de la loi.
Mais qu'avons-nous mis à la place ? Rien !
Que peuvent faire les jeunes ? Ils sont poussés par une curiosité légitime, et s'enquièrent de toute source potentielle d'information. Or, quelle est la grande source d'information sur ce sujet facilement accessible par le plus grand nombre ? Les films pornographiques !
Au lieu de gémir sur les dérives auxquelles entraîne le porno, demandons-nous ce que nous avons fait pour offrir à nos jeunes des informations adéquates sur la sexualité humaine : nous ne pouvons nous décharger de nos responsabilités.
C'est pour cela qu'il faut féliciter les réalisateurs de deux très bons sites d'information, pour les jeunes et pour les parents et éducateurs.
Et diffuser au maximum l'information.