Août 2010
À quoi peut bien servir l'orgasme des femmes ?
Voilà le type de question qui fait bouillonner les esprits des chercheurs.
L’orgasme masculin est une nécessité évolutive : comme il est lié à l’éjaculation de façon quasi systématique, il pousse les hommes à rechercher cette éjaculation, ce qui rend féconds beaucoup de jeux sexuels qui ne visaient pas la procréation, et assure ainsi la survie de l’espèce. L’évolution animale est donc responsable de sa mise en place et de son maintien.
Tandis que pour les femmes, leurs ovules peuvent être fécondés et une grossesse s’installer sans qu’elles aient le moindre orgasme. Les chercheurs se sont alors cassé la tête pour trouver une justification à l’orgasme féminin alors que le caractère automatique de l’ovulation ne le nécessite pas.
La première idée qui vient serait que l’orgasme inciterait les femmes à chercher les rapports, et donc à multiplier leurs chances de reproduction. Mais les statistiques n’établissent pas de lien entre avoir facilement des orgasmes et avoir plus de rapports. D’ailleurs la grande majorité des femmes a plus aisément des orgasmes, et plus fréquemment, en dehors de la pénétration vaginale que lors de celle-ci, ce qui n’est pas en faveur d’une facilitation de la conception !
L’orgasme inciterait-il les femmes à rechercher l’homme capable de le leur procurer ? L’orgasme féminin n’étant pas facile à obtenir, les femmes, pour l’avoir, chercheraient le « bon amant », l’homme sensible, patient, empathique, etc., c’est-à-dire celui qui a toutes les qualités pour être aussi un bon père et s’occuper au mieux de sa progéniture. Ainsi chercher l’homme qui peut vous donner un orgasme serait chercher celui qui assurerait le maximum de chances de survie aux petits. Mais est-ce que ce sont vraiment les hommes qui donnent leurs orgasmes aux femmes, ou les femmes qui savent ou pas se les donner ? Il est vrai que certains partenaires peuvent entraver cette obtention, et d’autres la favoriser. Mais la quasi-totalité des femmes dans les sociétés que nous connaissons depuis les premiers temps de l’Histoire ne peuvent pas choisir le père de leurs enfants en comparant par des essais les qualités sexuelles des prétendants ! À la rigueur, on pourrait dire que, quand elles peuvent choisir leur conjoint, elles repéreraient dans la vie sociale les hommes les plus attentionnés et les plus sensibles, en espérant qu’ils le seraient aussi au lit…
D’autres chercheurs ont imaginé que l’orgasme féminin permettait à un homme de s’attacher à une femme par fierté de la faire jouir : mais les différentes sociétés ne donnent pas vraiment l’image d’hommes captifs, retenus au près des femmes !
Ou encore : l’orgasme permet à l’utérus d’aspirer le sperme au moyen des contractions qu’il a lors de la jouissance. Malheureusement, l’orgasme de la femme et l’éjaculation de l’homme n’ont que rarement lieu en même temps. D’autre part, les expériences sur le sujet concluent aussi bien à l’absence d’aspiration, ou à un effet contraire d’expulsion, qu’à un effet faible d’aspiration. S’il existe, l’effet positif ne pourrait être que très marginal, donc n’expliquerait rien.
Quand les chercheurs s’y mettent, leur imagination est sans limite, et leurs trouvailles parfois cocasses. Mais il faut se plier à l’évidence : l’orgasme féminin ne joue aucun rôle dans l’amélioration de la reproduction de l’espèce, et par suite dans sa survie.
Il n’est donc pas un produit direct de l’évolution. Sans conditionnement évolutif, il n’est pas formaté, pas stéréotypé, et le temps a permis à de multiples variantes de se mettre librement en place.
L’orgasme féminin est donc une aventure pour chaque femme, qui a à déchiffrer son propre système de fonctionnement, à découvrir les règles du jeu particulières à son corps, afin de s’offrir cette jouissance originale, et de l’enrichir à sa façon, hors de tout chemin balisé.
(D’après Élisa Brune et Yves Ferroul, Le Secret des femmes, Odile Jacob, septembre 2010)